Des allergènes plein la maison

Des allergènes plein la maison
Nos habitations sont propices au développement d’allergies. Des produits d’entretien aux animaux, en passant par les meubles. Revue de détail.
On croit souvent que la pollution extérieure est bien supérieure à la pollution intérieure. Certains même ignorent qu’un logement, un bureau, une école peuvent être pollués et favoriser les allergies... Or, l’air de nos habitations est 5 à 7 fois plus pollué que celui que nous respirons dehors ! Même dans les crèches, le taux des composés organiques volatils (COV) – c’est-à-dire de gaz et de substances chimiques variées comme le benzène et le formaldéhyde, irritantes et allergisantes, qui se répandent facilement dans l’atmosphère ambiante – dépasse souvent les valeurs toxiques de référence.
 
 
POLLUANTS, IRRITANTS ET ALLERGISANTS
 
En 2010, l’UFC-Que Choisir (Union fédérale des consommateurs) avait testé la qualité de l’air intérieur de 35 députés et sénateurs ainsi que de la secrétaire d’État à l’Écologie de l’époque. Résultat édifiant ! La totalité des prélèvements indiquait la présence de nombreuses substances peu respirables : benzène, formaldéhyde, trichloréthylène, acide cyanhydrique, particules fines, etc. Ces polluants proviennent des produits chimiques contenus dans toutes sortes de matériaux de construction et de produits, présents en quantité dans nos logements. En tête de liste : isolants, peintures, vitrificateurs, mobilier (meubles en bois aggloméré utilisant des colles à base de formol, ou en plastique). S’y ajoutent les produits d’hygiène et de cosmétique, les détergents, les sprays nettoyants, les désodorisants ou « purifiants » (y compris à base d’huiles essentielles), l’encens, les bougies parfumées (la mode actuelle est catastrophique)... Sans oublier le tabac dont les particules fines restent longtemps en suspension dans l’air et se déposent sur les meubles, les vitres, les rideaux...  Or, tous ces polluants volatils forment un drôle de cocktail, très irritant pour la peau et les muqueuses du nez, des yeux et de la gorge. Lesquelles deviennent alors beaucoup plus réceptives aux agressions extérieures : virus et bactéries, mais aussi allergènes comme les acariens, les moisissures et les animaux. 
 
 
ACARIENS : L'ENNEMI N°1
 
Responsables de 45 % des allergies respiratoires (rhinite, conjonctivite, asthme), les acariens de la poussière de maison se développent même dans les logements les plus propres. Dans la literie, les canapés, les rideaux, les tapis, les moquettes, les peluches... Partout où il fait chaud et humide, et où ils trouvent de quoi se nourrir : des squames humaines, autrement dit des débris de peau morte, de cheveux et d’ongles. Ces minuscules bestioles, invisibles à l’œil, ne vivent que trois mois mais se reproduisent rapidement. Leurs déjections aussi sont allergisantes, ce qui complique encore la lutte...
 
Principaux moyens pour limiter leur concentration : 
• mettre des housses anti-acariens de bonne qualité aux matelas, oreillers et couettes ; 
• laver couettes, couvertures, peluches..., tous les trois mois à 60°C ; 
• placer au congélateur les éléments non lavables à 60°C avant de les mettre dans la machine ; 
• supprimer tapis et moquettes ; 
• opter pour des rideaux légers faciles à laver régulièrement ; 
• limiter les bibelots ramasse-poussière ; 
• aérer longuement tous les jours (lit ouvert) ; 
• limiter la température à 19°C maximum ; 
• utiliser un aspirateur à filtre adapté (HEPA) ; 
• dépoussiérer au chiffon humide. 
 
 
SUS AUX MOISISSURES !
 
On pense moins aux moisissures et pourtant elles sont responsables de troubles respiratoires chroniques, de la rhinite aux crises d’asthme. Certaines moisissures sont apparentes, d’autres se cachent derrière un papier peint, sous un évier, à la cave par exemple. L’eau de Javel est efficace mais c’est surtout l’origine qu’il faut éliminer : fuite, problème de gouttière, remontée d’humidité... Ne pas oublier d’aérer cuisine et salle de bains. 
 
 
ANIMAUX, LA SEPARATION COMMUNE SOLUTION ?
 
Autre cause fréquente d’allergies (rhinite et asthme surtout), les animaux de compagnie qui sont légion dans les foyers français (60 millions selon une enquête Sofres !). Le chat dans deux tiers des cas, le chien, mais aussi le cochon d’Inde, le hamster, le lapin, et tous les « nouveaux animaux de compagnie», les NAC (rat, serpent...). Les allergènes, présents dans la salive, l’urine, les peaux mortes, se déposent sur les poils par le léchage. En cas d’allergie handicapante, le mieux est de se séparer de l’animal, mais c’est souvent difficile...
 
 
LES AUTRES RESPONSABLES
 
Blattes (cafards): Dans les locaux humides, chauds et contenant de la nourriture (cuisine, gaine d’aération...). Leur éradication est difficile car tous les appartements doivent être traités en même temps par des sociétés spécialisées.
Abeilles, guêpes et frelons : Les réactions peuvent être très violentes, de l’urticaire géante au choc anaphylactique. 
Aliments : La liste ne cesse de s’allonger. Les plus fréquemment en cause chez le petit enfant : œuf, lait, cacahuète (arachide). Chez l’adulte : fruits de la famille des rosacées (pomme, poire, abricot, pêche...), légumes de la famille du céleri (fenouil, carotte, persil, coriandre...), crustacés, fruits à coque (amande, noisette, pistache...), poisson, etc.
Médicaments : Tous peuvent provoquer une réaction violente, y compris ceux que l’on prend sans problème depuis des mois. Surtout pénicilline, aspirine, anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), morphine, anesthésiques, curares...
Latex : Cette allergie a diminué car les industriels ont éliminé le maximum d’allergènes dans la fabrication des gants, tétines, préservatifs, tubulures de perfusion, etc. À savoir: les allergènes du latex croisent avec certains fruits exotiques (banane, kiwi, avocat...).
Mais aussi nickel, chrome, apprêts textiles, colorations capillaires, tatouages provisoires...
 
 
CONSEILS DE PHARMACIEN : EN CAS D’ECZÉMA
 
L’hydratation de la peau (une ou deux fois par jour) est la clé de voûte du traitement. Mais seulement au stade des rougeurs ou des plaques sèches, pas en cas de surinfection.
Pour en augmenter l’efficacité, lavez-vous avec un pain ou un liquide sans savon et, si l’eau est calcaire, pulvérisez, après rinçage, avec un brumisateur d’eau thermale. Évitez bains moussants, talc, parfums et dermocosmétiques parfumés. 
Préférez les douches aux bains, ou sinon rarement, brièvement et à une température inférieure à 35°C. Essuyez-vous sans frotter, en tamponnant doucement la peau. 
Utilisez un maquillage spécifique pour peaux atopiques (en pharmacie).
 
 
EXCES D'HYGIENE ?
 
La progression de la propreté dans nos sociétés occidentales augmenterait la susceptibilité aux maladies allergiques en supprimant le développement naturel du système immunitaire. Des études montrent en tout cas que les enfants nés et élevés dans des fermes, exposés à une multitude de bactéries, de moisissures et d’animaux, sont moins allergiques.


Evelyne GOGIEN

Mars 2016
Bien-Être et Santé