Mincir sans regrossir

Mincir sans regrossir
C'est toute l'année que les médias annoncent la meilleure façon de maigrir, mais à l'approche des beaux jours, les offres de régimes ou de formules miracles se multiplient… Ne vous laissez pas prendre à ces pièges dangereux !
Fonte musculaire, attention
 
Explication du Dr Jean-Michel Lecerf, responsable du service de nutrition de l'Institut Pasteur de Lille : « L'organisme étant bien fait, il se protège d'un amaigrissement, quel que soit le poids initial, avec comme consigne de retrouver le poids antérieur : on appelle cela le pondérostat ». En jeu, plusieurs mécanismes un peu complexes, mais la réaction est toujours la même. Avec ces régimes à risque, pauvres en calories et surtout en glucides, sucres et féculents, ça marche dans un premier temps, mais la masse maigre, les muscles, diminue. De plus, dès que le régime est élargi, la faim, masquée jusque-là par la production de corps cétoniques (acétone) qui ont un effet coupe-faim, réapparaît et les kilos reviennent très vite…
 
 
Régime Yo-Yo
 
En clair, avec ce genre de régimes, dès qu'on remange un petit peu plus, à cause de la faim ou du stress par exemple, on regrossit… tout en mangeant moins qu'avant le régime, mais plus qu'au début du régime d'attaque. Or, à la reprise de poids, les cellules adipeuses se gorgent de graisse et les muscles ne récupèrent pas. Faute de comprendre ce mécanisme, la personne recommence un régime, remaigrit, puis regrossit, bref fait du Yo-yo.
 
 
ENFIN RAISONNABLES ?
 
Tout le monde ne maigrit pas de la même façon, ni avec les mêmes moyens, ni avec la même facilité. Mais l'important n'est pas tant de perdre du poids que de ne pas en reprendre… Les femmes, plus souvent candidates à l'amaigrissement que les hommes, deviennent-elles plus raisonnables ? Commencent-elles à comprendre les méfaits des régimes drastiques et à répétition ? Oui, si l'on en croit un récent sondage Ipsos-Contrex auprès de mille femmes de 18 à 65 ans. Si près de trois sur quatre disent avoir été « un jour préoccupées par leur poids » et si plus de huit sur dix déclarent « faire attention à leur ligne », la notion de régime stricto sensu est de moins en moins répandue. Bien que toujours plébiscités, les régimes ont maintenant mauvaise réputation : 48 % les associent à des émotions fortement négatives, fatigue (19 %), irritabilité (14 %), culpabilité (10 %) ; 70 % les trouvent ennuyeux et 63 % ont constaté leur effet Yo-yo. Les femmes ont aussi conscience, à 94 %, que le sport est une méthode efficace… mais 41 % admettent ne pas réussir à tenir cette résolution.
 
Aujourd'hui, les médecins nutritionnistes dignes de ce nom insistent sur la nécessité d'une prise en charge complète, avec de l'activité physique, prenant en compte le couple et la famille et, selon le Dr Pierre Azam, endocrinologue-nutritionniste à Paris, les messages commencent à passer. « La notion de régime miracle, c'est fini et les patients ont des objectifs un peu plus sensées. Nous sommes passés au stade adulte de la nutrition. » On aimerait le croire… Il est vrai que, selon le Centre d'information de la diététique minceur, le nombre de Français suivant un régime déséquilibré, Dukan en tête, a diminué, 30 % contre 36 % en 2011. Bonne nouvelle ! Par ailleurs, le deuxième Baromètre TNS-Sofrès sur les aliments diététiques minceur indique que ceux-ci sont consommés davantage occasionnellement et associés à des aliments courants, pour contrôler plus facilement le nombre de calories et/ou éviter des carences nutritionnelles, que comme seul moyen de faire un régime. C'est ce que conseille le pharmacien.
 
 
MAINTENIR SON POIDS
 
Le plus difficile est de ne pas reprendre du poids. Le Dr Lecerf donne quelques conseils:

Avoir un apport élevé de produits laitiers, donc en calcium.
Un apport suffisant de protéines pour un bon rassasiement, 80 à 100 g/jour.
Un apport élevé en fibres alimentaires variées pour ralentir la vidange gastrique, favoriser une microflore intestinale adéquate, accroître la satiété.
Boire beaucoup d'eau pour la santé, le rassasiement et pour éliminer.
Consommer du poisson, riche en oméga 3, pour diminuer le risque cardiovasculaire inhérent aux personnes en surpoids ou obèses.
Reprendre une activité physique pour augmenter les dépenses énergétiques et refaire des muscles.
 
 
AVIS D’EXPERT

Dr Jean-Michel Lecerf, Endocrinologue au CHRU de Lille et à l'Institut Pasteur de Lille.*
 
« Le poids souhaitable correspond au niveau naturel d'équilibre que le corps peut maintenir raisonnablement. »
 
À partir de quand peut-on dire qu'on est obèse ?
Dans mon livre, je m'attaque aux standards comme l'IMC ou indice de masse corporelle. On devrait parler d'obésités au pluriel, tant est grand le nombre de situations pathologiques. On devrait même plutôt parler de personnes obèses, car ce sont des personnes qui souffrent, pas des maladies. Il faut tenir compte de l'histoire personnelle et familiale, de l'âge, de la morphologie… chacun nécessite une prise en charge différente, où l'alimentation a bien sûr sa place, mais pas la seule place. Toute réponse standard est inappropriée. Les conséquences du surpoids ne sont pas non plus les mêmes selon les personnes. L'excès de poids au ventre chez un homme obèse, sédentaire, peu musclé, ancien fumeur entraîne un risque élevé pour la santé et est plus difficile à corriger que l'obésité d'un homme jeune, hypertendu, gros mangeur, musclé, dont le risque cardiovasculaire est élevé. L'obésité n'est pas une situation homogène…
 
Quelles sont les principales erreurs ?
Entrer dans le piège des régimes ou des formules miracles, vouloir aller trop vite et trop loin, sans chercher à comprendre les tenants et les aboutissants de son problème de poids et en se passant d'une aide médicale. Se comparer à d’autres personnes car tous les cas sont différents. Sur le plan diététique, ne pas prendre en compte l'aspect quantitatif, or la notion de rassasiement est importante. Enfin, oublier l'activité physique, car c'est la clé pour ne pas regrossir.
 

CONSEILS DE PHARMACIEN

Médicament délivré sans ordonnance, l'orlistat (gélules de 60 mg), réservé aux personnes en réel surpoids.
Substituts de repas, entre 200 et 400 calories, spécifiquement formulés pour garantir un apport adéquat de nutriments essentiels. En-cas protéinés pour remplacer une partie de repas (soupes, boissons, poudre à préparer) ou en collation (barres, biscuits).
Phytothérapie. Modérateurs d'appétit naturels, draineurs naturels et brûle-graisse en capsules, sticks, boissons ou tisanes.
Homéopathie. Au cas par cas selon le profil.
Oligothérapie. Modificateur de terrain zinc-nickel-cobalt.
Compléments alimentaires pour éviter les carences.
Crèmes, gels ou huiles essentielles de massage minceur à base de caféine, d'algues ou de plantes…
Probiotiques en gélules pour rééquilibrer la flore intestinale et aider ainsi à prévenir les kilos en trop.             


 * Auteur de À chacun son vrai poids. La santé avant tout, éd. Odile Jacob, 2013, 17,90 €.   


Evelyne GOGIEN
Mai 2013

Bien être et Santé