Santé visuelle : ayez l’œil !

Santé visuelle : ayez l’œil !
À débusquer, les maladies qui insidieusement diminuent le champ de vision ou l’acuité visuelle. Nous privant ainsi de la vue, ce sens ô combien précieux.
Ultracomplexe et passionnant, l’œil est une merveille de technologie. En résumé, pour bien voir, il faut un champ : discerner ce qui se passe dans toutes les directions, et une acuité : distinguer précisément de loin comme de près. Dans la très grande majorité des cas, si cette acuité visuelle fait défaut, c’est en raison d’une « amétropie » : myopie, hypermétropie, astigmatisme et/ou presbytie, certains cumulant trois défauts visuels ! Lunettes ou lentilles sont le plus souvent la solution ; parfois ce sont le laser et la chirurgie.
En dehors de ces défauts « naturels », il existe des maladies de l’œil qu’il convient de dépister à leur début pour mieux les circonvenir. Elles peuvent apparaître à toute période de la vie, même si l’âge peut être un facteur favorisant. Faire un diagnostic tôt permet de surveiller, éventuellement de traiter pour enrayer leur évolution si cela est possible.
Un décollement de rétine ou certains glaucomes (à angle fermé), dont les signes visuels sont très « bruyants » (douleur ou perte visuelle), imposent un traitement en urgence. La plupart des autres maladies de l’œil doivent être prises en charge de façon attentive, certes, mais sans précipitation. Les délais de rendez-vous pour une visite ophtalmologique ne doivent pas être un prétexte pour ne pas consulter ou surseoir…


ZOOM SUR 3 MALADIES

• Le glaucome
Il s’agit d’une maladie dégénérative du nerf optique. Première cause de cécité totale (le noir absolu), insidieuse, elle touche d’abord le champ visuel périphérique puis, à la toute fin, le champ central.
Les signes d’alerte ? Peu, puisque la vision périphérique est perdue lentement et de façon progressive. C’est pour cela que le glaucome doit être dépisté, une fois par an environ, par la prise de la tension oculaire et l’appréciation du champ visuel, particulièrement en cas de facteur de risque (hérédité, myopie, exposition aux pesticides notamment).
Le traitement : la pression intraoculaire est stabilisée à l’aide de gouttes, avec des interventions au laser ou chirurgicales.

La cataracte
Avec l’âge, le cristallin (en avant de l’œil) s’opacifie, d’où une baisse d’acuité. L’œil perd aussi de sa capacité d’autofocus, de la vision de loin à celle de près, ce qui amoindrit encore les performances visuelles.
Les signes d’alerte ? Une vision moins bonne, de loin parce que les yeux se « myopisent », puis de près, une vision moins nette, des éblouissements au soleil ou lors de la conduite la nuit.
Le traitement : le remplacement du cristallin, presque une formalité (près de 700 000 personnes en France chaque année), par un cristallin artificiel.
Aujourd’hui, avec les implants multifocaux (dotés de plusieurs zones de correction), on peut combiner le traitement de la cataracte et celui d’éventuels défauts visuels, de la presbytie au moins, voire d’une myopie, d’un astigmatisme ou d’une hypermétropie.

• La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA)
La macula, zone centrale de la rétine, est responsable de la vision des détails, de la perception des couleurs et de la fixation du regard. Il existe deux formes de dégénérescence maculaire, qui touche les deux yeux successivement. La forme « humide » ou « néovasculaire » se caractérise par une prolifération anormale de petits vaisseaux sous la rétine. La forme atrophique, qui représente 80 % des formes de DMLA, résulte de la perte de photorécepteurs. Les signes d’alerte ? Besoin de davantage de lumière, flou visuel, couleurs ternies, lettres manquantes, lignes de lecture ondulées, etc. Ils sont discrets au début de la maladie, d’où l’importance des consultations régulières.

Le traitement : pour prévenir la DMLA, première cause de handicap visuel, une bonne hygiène de vie (des lunettes de soleil, pas de tabac, une supplémentation avec des antioxydants, de type oméga 3 pour les formes « humides » ou exsudatives, etc.). Les causes environnementales sont en effet, avec l’hérédité et l’âge, au premier plan des facteurs de risque… Certains médicaments (injectés dans l’œil), qui freinent la prolifération des néovaisseaux, permettent de contrôler les DMLA néovasculaires.


L’AVIS DE L'EXPERT
Pr JEAN-PAUL RENARD, Clinique d’ophtalmologie, hôpital du Val‐de‐Grâce (Paris)

Le bon rythme des consultations
Je conseille une première visite avant 6 ans et l’entrée en CP, pour dépister un défaut visuel ou un problème de vision binoculaire (une discordance entre les deux yeux), surtout en cas de « prédisposition » familiale.
À l’âge des apprentissages scolaires (la vue y participe à hauteur de 80 % !), un contrôle de la vue peut être déterminant. Il détecte le plus souvent une myopie (vision floue de loin et nette de près). Un défaut visuel de plus en plus fréquent en raison des heures passées sur écran, sans interruption « réparatrice » de surcroît, et du manque d’exposition à la lumière naturelle. La myopie apparaît en classes primaires, se développe souvent à la puberté (un jeune sur quatre) et se stabilise vers 25 ans. Ensuite (à moins de fatigue ou de difficulté visuelles), un bilan vers 40 ans, à l’âge où débute la presbytie, est indispensable. Il permet de mesurer la pression à l’intérieur de l’œil (premier facteur de risque de glaucome).
Le fond d’œil réalisé à cette occasion montre la rétine et ses modifications éventuelles sous l’effet d’un diabète, d’une hypertension artérielle, d’une DMLA (celle-ci survient plutôt à partir de 55-60 ans). Des « remaniements » sur cette rétine obligent à une surveillance rapprochée, tous les six à huit mois. En l’absence de facteur de risque, un examen ophtalmologique tous les trois ans suffit.
Le tempo des visites est sinon donné par le médecin ophtalmologiste.


TEMOIGNAGE

« LA NUIT… ET LE JOUR ! », Philippe, 61 ans

Je redoutais l’intervention « de la cataracte », comme n’importe quelle opération, ici sur les yeux… Mon ophtalmo en parlait pourtant comme d’une intervention « facile », l’équivalent d’une appendicite, avec sa part de risques d’effets secondaires, mais rares. Il m’a opéré d’un œil pour commencer. Il a donc remplacé le cristallin opacifié par un implant intraoculaire qui corrige à la fois la cataracte et la presbytie. Le résultat était si bon qu’il a fallu intervenir sur le cristallin de l’autre œil rapidement, tant j’étais gêné de cette distorsion visuelle. Effet collatéral inattendu de cette vision retrouvée : j’ai dû repeindre la salle de bains, refaite avant l’opération et que j’avais alors trouvée si belle…


LE DOCUMENT

Au volant, la vue c’est la vie . Bien voir pour bien conduire, un dépliant de l’Association nationale pour l’amélioration de la vue, pour la sécurité de soi… et des autres !
À commander ou à télécharger sur http://asnav.org


Dr Brigitte BLOND


Bien-Être & Santé
Novembre 2015